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J’ai la chance de me souvenir, aujourd’hui encore, quand ma grand-mère me parlait de son époque, de cette époque où les jeunes filles étaient couvertes jusqu’aux chevilles, leurs jupons blanc amidonnés et leurs cheveux noirs tirés en arrière. Cette époque où la grande fête, c’était la fête por bulerías : les chants et les danses au milieu de la rue, dans le patio ou la cañanía, là où se donnaient rendez-vous toutes ces expériences après une longue journée de travail, quand le poids des lourds travaux des champs ne pouvait être allégé que par l’eau fraîche et par el arte, l’art de ces gitans et de ces non-gitans, cet art parfois capable de soulager jusqu’à la faim, ce qui n’était pas négligeable à l’époque, même si tous faisaient de ces petites fêtes des célébrations dignes de ce nom : la soupe à la tomate et à l’ail servie dans de grandes soupières, dans lesquelles tous les amateurs pouvaient plonger leur cuillère. Et là se formait spontanément une grande communauté qui mêlait les familles et rapprochait les êtres… et de là naissait l’amour. Pourrait-on rêver d’un meilleur contexte pour faire naître l’amour ? Deux jeunes gens se plaisaient, se demandaient en mariage, puis les hommes ou, dans le cas de ma grand-mère, la femme la plus âgée (elle arborait déjà le titre de Tía) donnait son accord. Et encore, un autre prétexte de fête.
Ceci est mon hommage et l’expression de ma gratitude à une femme qui a dû continuer à avancer sans son mari, sans le patriarche. C’est grâce à elle que mes parents ont pu s’unir, grâce à elle que je peux être ici pour danser ses VIVENCIAS.
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